Je n'ai jamais considéré que l'art, sous quelque forme que ce soit, ait à obéir ou à se plier à des règles strictement établies. Il y a, bien évidemment, des principes de base qu'il est indispensable de connaître pour pouvoir les appliquer, tels ceux de la perspective ou des ombres et lumières, par exemple. Mais la valeur d'une oeuvre dépend-elle de règles pré-établies, ne peut-on pas les transgresser afin d'obtenir le résultat attendu? Quel serait alors le but de la technique artistique sinon de servir les pensées de celui qui les emploie?

Longtemps, j'ai entendu qu'une aquarelle se devait de garder un certain flou, comme pour tendre à l'abstraction, les détails et l'opacité devaient s'effacer. Pourtant, l'opacité ne peut-elle pas renforcer la transparence d'une tonalité par endroits? Et que feraient alors certains aquarellistes renommés dans ce "brouillard"? Ces considérations ont longtemps justifié ma réticence à employer l'aquarelle bien que j'apprécie ce médium pour la difficulté technique qu'il impose. Après l'apprentissage des bases par le dessin, j'ai donc d'abord travaillé à l'huile, au pastel et au fusain, avant de découvrir une autre aquarelle. Celle qui se présente à vous sans que vous ne puissiez l'éviter, détaillée et franche. C'est celle-là que je défends. Elle peut représenter un paysage de brume en respectant ses composantes mais ne compromettra jamais un bâtiment par des contours irréguliers, si ce n'est voulu par son auteur.

Il n'y a de règles, en art, que celles qui sont efficaces. Je veux mes aquarelles détaillées et réalistes, sans pour autant les amener à atteindre un hyper-réalisme qui leur nuirait en spontanéité. J'utilise l'opacité pour en valoriser la transparence ou pour donner vie à une texture. Je travaille mon papier jusqu'à atteindre un résultat satisfaisant ou, le cas échéant, jusqu'à ce qu'il cède. Ce n'est pas l'eau que je cherche à dompter mais la fusion des pigments. L'eau n'en est que le vecteur. En ce sens, je ne crois pas qu'une aquarelle doive être exécutée rapidement : il faut tenir compte du temps d'imprégnation de l'eau dans le papier et savoir maîtriser celui-ci pour obtenir les effets désirés, mais je reviendrai sur ce point ultérieurement.


Les oeuvres ont chacune une histoire à conter ... Celle-ci a été réalisée début 2006, dans le cadre d'un concours thématique où les artistes devaient s'exprimer autour d'un "coeur de village". Je voulais m'éloigner des interprétations classiques représentant une place centrale ou encore un village avec, en son milieu, une église. Ce "coeur de village" explore plus l'aspect humain du thème imposé : l'appartenance d'un être à un lieu, sans qu'il puisse parfois l'expliquer.

Son_Coeur_est_Ailleurs

Son Coeur est Ailleurs. Aquarelle sur papier. 50 x 70 cm. 2006. Reproduction, totale ou partielle, strictement interdite.